Suite à la sortie du documentaire « Francesco » réalisé par Evgeny Afineevsky, un de nos administrateurs a publié un billet que vous trouverez ci-dessous. Celui-ci est suivi de liens vers des articles toujours en rapport avec ce film.

Je n’entends qu’un silence méprisant…. 

Jeudi 22 octobre, les médias titrent à qu mieux mieux que « le pape manifeste l’opinion personnelle qu’il est pour le droit au mariage civil des couples homosexuels qui sont des enfants de Dieu et qui ont droit à une famille »…

Ma première réaction, alors que je croyais encore que le pape avait vraiment dit ça, fut la perplexité.

Vous imaginez le premier secrétaire du parti communiste soviétique déclarer qu’il est « à titre personnel » contre la propriété collective des moyens de production? Il y aurait comme une contradiction; on serait en droit de se dire qu’il est timbré ou qu’il risque le limogeage, le coup d’Etat ou de perdre la vie… Et pourtant, c’est un peu une déclaration du même genre faite par le pape François, souverain pontife d’une institution officiellement homophobe. On était en droit de penser qu’ il y a quelque chose qui cloche ; il y a soit une inadéquation de la personne à la direction ou bien quelque chose à revoir dans les textes officiels de la boutique … Ou bien, autre hypothèse, ce jésuite joue la carte de Gorbatchev dans les années 90 qui a lui aussi manifesté qu’il ne croyait plus aux fondamentaux du système communiste… Serait-ce pour le pape François une manière très personnelle et risquée de provoquer du changement dans une curie romaine aussi sclérosée que le parti communiste soviétique? On pouvait quand même en douter. D’autant que le même jour on apprenait la nomination de Mgr Olivier de Germay comme archevêque de Lyon (à la place de notre amie respectée Anne Soupa). Cette désignation du nouveau primat des Gaules témoigne en tout cas du souci de François de ne pas contrarier la très conservatrice église catholique de France …

Autre étonnement, certains médias précisaient qu’il ne s’agissait que de l’ « opinion personnelle » du pape François. Je pense que c’est la première fois qu’on aurait vu s’exprimer une opinion personnelle d’un pape qui ne serait pas automatiquement l’opinion de l’Eglise. Y aurait-il d’un côté le pape et ses opinions de l’autre la doctrine dont il est le gardien? Ça ne colle pas avec l’idée que j’en ai.

Mais bien évidemment, passé la surprise initiale on s’aperçoit que le pape n’a pas parlé de mariage, ni de droit, ni de couple et que cette déclaration n’est qu’un collage décontextualisé de diverses phrases émises à des moments différents et que de toutes façon cela ne changerait rien à la doctrine et au discours officiel de l’Eglise catholique romaine, cette institution puissante qui a fait de la persécution mentale des LGBT+ un des axes de sa pastorale familiale (On vous aime, vous êtes nos enfants, vous êtes les bienvenus, mais si vous de votre côté vous aimez quelqu’un, c’est un péché grave).

Le pape François n’est probablement pour rien dans ce nouvel avatar médiatique. Les medias comme l’ensemble du monde contemporain sont tellement en attente d’une correction de la doctrine sexuelle de l’Eglise qu’ils finissent par entendre ce qui n’a pas été dit, par faire dire au pape plus que ce qu’il a réellement dit.

Et nous finalement nous n’entendons plus que le silence assourdissant d’une église figée, désespérante, toujours assignés par nos pasteurs à un destin inacceptable : pleurer sur notre sort, regretter d’être ce que nous sommes et entrer en castration spirituelle.

Pauvres chrétiens LGBT+ méprisés, nous en sommes une fois de plus pour nos frais. Depuis quelques années, combien de douches écossaises n’avons nous pas subies? Des espoirs fous suivis de douloureuses retombées. Assez ! Un jour viendra peut-être ou un pape écrira une vraie encyclique où sera édictée noir sur blanc la fin de notre maltraitance.

Ceci étant dit, rappelons qu’il ne faut tout simplement pas attendre notre salut de l’Église catholique romaine instituée et que nous avons plutôt à rester des chrétiens convaincus que rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ et à nous activer pour soigner les gens blessés par l’Église. Cela nous donne du boulot.

La Pologne, la Hongrie, le Cameroun, entre autres n’attendent pas un changement de l’Eglise pour changer de politique. Combien de pays sont plutôt d’ailleurs sous l’influence des protestants évangélistes, qui ne changeront pas, même au cas où les catholiques changeraient.

Rappelons-nous l’attitude de Jésus au moment où les gens de son village voulaient le lyncher «passant au milieu d’eux, il allait son chemin » (Luc 4,30). L’Eglise heureusement c’est la communion des saints, vivants et trépassés, elle est autre chose de bien plus prophétique et libératoire que le constantinisme, que l’inquisition, que la contre-réforme et que l’actuelle Curie romaine.

Allons notre chemin de libération, croyants en Jésus qui est le chemin, la vérité, la vie.

Michel Elias, 24 octobre 2020